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  Groupe des foyers islamo-chrétiens
Pentecôte 1997
Rencontrer l'autre, une utopie ?
 


Compte rendu

 
1er thème: Le partage spirituel est-il possible ?

A la question " y a t il un partage spirituel dans nos couples ? ", plusieurs d'entre nous ont réagi en l'évoquant en lien avec la venue des enfants. D'où la question suivante :

La " présentation à Dieu " :
Dans la religion Catholique cette démarche peut être une première étape vers le baptême.
Dans la religion Musulmane l'enfant n'a pas besoin d'être présenté à Dieu. Il est spontanément reconnu par Dieu. Les expressions : "on naît musulman" et "on ne naît pas chrétien, on le devient" peuvent être rapprochées dans le sens où chaque jour on s'abandonne un peu plus à Dieu.
Pour un couple Islamo-Chrétien la présentation à Dieu est une démarche des parents qui pourra être suivie longtemps après du choix de l'enfant pour l'une ou l'autre religion.
La présentation à Dieu marque l'entrée dans la vie au sein d'une communauté de croyants. Ainsi nous reconnaissons que Dieu nous aime par notre enfant, nous lui en rendons grâce et nous nous engageons à le lui faire connaître.
Un couple a choisi des parrains parmi leur amis pour que leur enfant ait d'autres adultes auxquels se confier.

Autres réflexions par rapport à l'éducation à la foi :
Elle nécessite le cheminement de chacun des conjoints vers une meilleure connaissance de la religion de l'autre.
Il faut transmettre, d'abord, les valeurs communes des deux religions et les approfondir (connaître le sens des ces valeurs et le symbolisme mis par l'autre).
Les fêtes Chrétiennes et Musulmanes sont des repères importants.
Un couple relate l'expérience d'un groupe d'enfants qui s'est réuni plus ou moins régulièrement pendant 4 ans , avec toujours au moins un parents musulman et un parents chrétien, donnant des repères des deux religions. Ces enfants qui sont maintenant adolescents n'ont pas tous choisi de religion (au grand regret d'une des mères qui, de ce fait , a un sentiment d'échec et qui se demande s'il n'aurait pas mieux fallu donner une seule direction au départ). " Il ne faut pas faire pression sur eux pour qu'ils choisissent " ( témoignage des enfants ).
Une autre personne a l'expérience de la prière auprès de son enfant lorsqu'il était petit. Par la suite son enfant a suivi le catéchisme près d'une religieuse qui venait à la maison pour recevoir avec l'enfant l'enseignement concernant l'Islam.
Le témoignage des grands-parents a un impact sur le choix des enfants quand les relations sont affectueuses.

Le partage spirituel dans le couple :
Les couples se heurtent au partage des valeurs et au partage de la pratique spirituelle. Le mode d'expression de nos fois est différent dès que nous parlons ensemble alors que le vécu quotidien ne nous pose pas forcément problème.
Le Musulman en ponctuant son quotidien de croyant d'expressions de louange a sans doute plus conscience de sa vie spirituelle alors que, peut être, le Chrétien éprouve plus le besoin de prier avec d'autres. Les fêtes religieuses de l'une ou de l'autre religion et le temps du ramadan et du carême sont des moments de partage spirituel commun importants.
Un couple Islamo-Chrétien garde un bon souvenir de prières communes partagées avec d'autres couples Islamo-Chrétiens lors de leur vie au Maroc ( utilisation de prières publiées dans la revue "Prier") .La formulation de certaines prières eucharistiques pour les Chrétiens vivant en terre musulmane rend les Musulmans proches par le cœur.
Pour un autre couple Islamo-Chrétien le partage de la prière se fait dans un premier temps dans le silence, où chacun prie de son côté, puis dans un deuxième temps, le couple relit un texte de l'évangile ou une sourate en se tenant les mains et en essayant de comprendre les textes. Dans ce couple le Chrétien dit que c'est son épouse musulmane qui l'a stimulé dans sa foi et depuis il a renoué avec l'église.
Une Musulmane dit qu'elle a commencé à prier depuis qu'elle est mariée avec un Chrétien. Ce qui montre encore une fois de plus que, dans nos couples mixtes, la foi de l'un stimule l'autre à prier et quelqu'un témoigne: "Plus j'approfondis ma religion, mieux je m'entends avec mon conjoint"
Une personne du groupe suggère que la mission du G.F.I.C. est de trouver un langage dans lequel les couples Islamo-Chrétiens pourront prier ensemble. Mais est ce possible de trouver un langage universel du fait que chaque tradition vient de loin ? Cela nécessiterait de définir le sens des mots pour trouver comment formuler les prières.
Mais les mots trahissent le sentiment. Ne faut il donc pas mieux redécouvrir le silence ? Chacun dans le silence chemine vers Dieu.
D'autres personnes, de peur de tomber dans le syncrétisme, préfèrent une louange commune sous forme de textes et de chansons des différentes traditions.
Un couple a donné quelques échos de la vie des couples mixtes à Turin.
Dans cette ville vivent des Musulmans depuis seulement 5-6 ans. Il n'y a pas de mosquée. Aussi ce couple se questionne : Comment sans référence de communautés (pas d'accueil des couples mixtes non plus dans la communauté chrétienne) donner aux enfants une éducation à la foi ?

A propos des rencontres du G.F.I.C. à la Pentecôte :
Le temps de recueillement de la Pentecôte est une possibilité pour la plupart des couples mixtes de prier ensemble. Le problème de la langue de la prière musulmane est toujours présent ( la lecture des sourates et des textes se fait également en langue française ).
Cette année, les Musulmans n'ont pas pu être aux côtés de leur conjoint chrétien à l'eucharistie ni les Chrétiens aux côtés des Musulmans à la prière rituelle du fait que ceux-ci ont eu lieu en même temps. Il a donc été proposé d'organiser à l'avenir ces prières à des moments différents.
Dans les années à venir, il serait bien d'introduire plus de silence dans le temps de recueillement commun. Les lectures peuvent être ponctuées par des temps de silence. La préparation au recueillement dans le silence peut être préparée par la répétition du nom divin comme dans la communauté soufi.
Pour le temps de recueillement commun, la proposition est faite de se placer en un cercle ouvert pour signifier la volonté de se diriger vers Dieu.

 
2 ème Thème : Rencontre de deux traditions socioculturelles: confrontation, juxtaposition, interpénétration.

Ce thème s'est ouvert sur la question de savoir si la rencontre de deux traditions socioculturelles est génératrice de conflits ou plutôt d'enrichissement mutuel.
A ce sujet, les différentes interventions réalisées ont fait appel à des expériences vécues. Nous avons tenté de classer ces interventions selon 4 types de relations, malgré leurs interpénétrations:
- rapport "interpersonnel", au sein du couple,
- rapport avec la famille de chacun des conjoints,
- rapport avec les enfants du couple,
- rapport avec la société "extérieure".

1 - Rapport "interpersonnel" :
Il existe certaines petites différences liées aux traditions qui sont généralement surmontées par le couple mixte. Par exemple, l'usage du téléphone par le conjoint musulman peut créer des problèmes. Pour lui, il est nécessaire de pouvoir téléphoner sans contraintes à sa famille, notamment lors des fêtes religieuses comme "l'Aïd el Kébir"
Le fait de manger du porc ou non pour le conjoint chrétien est un choix personnel et n'est pas source de conflit.
Le choix du prénom de l'enfant à venir n'est en aucun cas source de tension. Les parents s'accordent à choisir un prénom commun aux deux cultures ou choisissent un prénom composé.
La plupart des intervenants ont insisté aussi sur la notion d'égalité des personnes au sein du couple et sur la notion d'autonomie. Malgré les différences culturelles liées à la position prédominante de l'homme dans la société "musulmane", les couples mixtes accordent beaucoup d'importance sur le fait de partager les différentes tâches ménagères.
La différence de langue n'est pas source de conflit. Dans certains cas, un des conjoints fait l'effort de commencer à apprendre la langue maternelle de l'autre.
Au stade de la relation interpersonnelle entre les deux conjoints, on constate donc que pour la plupart des cas, il n'y a pas vraiment de conflits à proprement parler du point de vue socioculturel et religieux. Les problèmes et les conflits surviennent principalement à la naissance des enfants.

2 - Rapport familial :
Dans ce cas, on a considéré les relations de la famille vis à vis du couple, et les relations du couple vis à vis de la famille.

L'attitude de la famille vis à vis du couple :
Les couples ont insisté sur le fait que la famille doit respecter le couple et ne pas l'influencer dans sa vie quotidienne, notamment au niveau culturel et religieux. En général, ce point peut dans certains cas, engendrer des tensions, notamment sur l'emprise que veut exercer la famille sur l'éducation des enfants, plus particulièrement les grands parents qui veulent rappeler aux petits enfants le "bon chemin religieux".


L'attitude du couple vis à vis de la famille :
Le principe de solidarité financière à apporter à la famille est souvent source de conflits. Le conjoint musulman est toujours enclin à aider financièrement sa famille restée dans le pays d'origine, surtout s'il est l'aîné de la famille.
De plus, le fait d'apporter des cadeaux à toute la famille lors d'un voyage au Maghreb peut être source de tension.
Il est aussi important de laisser la liberté de voyager, notamment pour le conjoint maghrébin pour le laisser retourner dans sa famille. Par ailleurs, il est nécessaire de pouvoir accueillir la famille maghrébine en France. La prise en charge de la famille du point de vue financier peut générer quelques tensions.
Eventuellement selon les possibilités financières, les couples mixtes souhaitent posséder un logement dans le pays étranger.

3 - Rapport avec les enfants du couple.
Une des principales sources de conflits à la naissance des enfants est la circoncision. En général, les avis sont très partagés concernant ce problème:
- le chrétien peut accepter la circoncision pour la bonne intégration de l'enfant dans la société musulmane,
- ou bien il refuse ce fait et cela peut causer une certaine souffrance intérieure pour le conjoint musulman.
Il est à noter que certains couples préfèrent, pour éviter ce problème, avoir des filles plutôt que des garçons.
Les parents sont à l'unanimité d'accord pour faire profiter leurs enfants des deux cultures et des deux religions, chrétiennes et musulmanes. A ce sujet, les parents laissent le libre choix de la religion aux enfants lorsqu'ils sont en âge de le faire.
De même, à l'unanimité, il est aussi important de faire profiter les enfants de l'apprentissage de la langue maternelle de chacun des parents. Ceci pourra leur permettre de communiquer et de s'intégrer dans chacune des deux cultures.
Sur ces deux derniers points, il y a un enrichissement lié à la juxtaposition de deux cultures et de deux religions différentes.

4 - Rapport avec la société "extérieure".
Il existe des différences dans l'usage de certains mots de vocabulaire (différences qui peuvent choquer), par exemple le mot "adorer" qui est exclusivement utilisé pour Dieu chez les musulmans, et qui est utilisé de manière beaucoup plus générale chez les chrétiens.
L'hospitalité est aussi perçue de manière différente dans les deux cultures. Dans de nombreux cas, la famille du conjoint chrétien est reçue dans la maison de la famille du conjoint musulman. A l'inverse, la famille musulmane peut être logée à l'hôtel lors de sa venue en France. Ceci peut parfois choquer la famille musulmane.
L'intégration du couple mixte dans la société civile, pose dans certains cas des problèmes. Il est nécessaire pour le couple mixte de pouvoir s'affirmer dans la société, sans pour autant se sentir obligé de répondre aux interrogations extérieures de cette société. Notamment, le fait de s'investir dans différentes associations peut permettre non seulement une meilleure intégration du couple mixte dans la société, mais aussi forcer le respect d'autrui.
D'un point de vue plus général, il est important de constater qu'il y a un décalage temporel entre les sociétés musulmanes et chrétiennes. Par exemple, les prêtres avaient une autorité morale dans les années 20, ce qui n'est plus vrai aujourd'hui. A l'heure actuelle, les religieux musulmans gardent une forte autorité morale. Une personne a justement remarqué que l'on naît aujourd'hui musulman, mais que l'on ne naît plus chrétien.

gfic 2008