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Famille>> Double culture
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| Qui pourrait prédire l'avenir d'un couple? |
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par : Michel Guillaud
Accueil et Rencontre, CPM, hiver 2003
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| Chaque couple est une histoire singulière. Qui pourrait prédire l'avenir d'un couple ou de quiconque? En même temps, avec un peu de recul, il semble qu'on puisse repérer quelques éléments jouant en faveur ou non de la réussite des couples islamo-chrétiens. Mais on trouvera vraisemblablement sans peine de nombreux contre-exemples à ce qui suit. |
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| EN PAYS MUSULMAN
L'épreuve est extrêmement dure pour les couples qui vont vivre en pays musulman. Vivre en exil, et plus encore vieillir en exil, est difficile. Mais vivre en pays musulman l'est particulièrement, parce que la plupart des sociétés musulmanes sont des sociétés traditionnelles où le poids de la grande famille sur le couple est très envahissant, où le couple et surtout la femme n'a pas la même autonomie qu'en France, et où la liberté religieuse n'existe pas.
Il est impossible à un couple de vivre en pays musulman si l'époux est chrétien et l'épouse musulmane. L'époux est contraint d'être ou de devenir musulman. Quant aux épouses chrétiennes ayant grandi en Europe, beaucoup ne supportent le poids de la société traditionnelle que si elles peuvent s'en libérer par un travail professionnel qui leur donne une réelle autonomie, ou si elles sont situées avec leur mari dans un milieu très privilégié où le poids des traditions est moins prégnant. Sinon, la vie d'une épouse chrétienne en pays musulman est faite de beaucoup de renoncements et de souffrances, quel que soit l'amour qu'elle et son mari éprouvent l'un pour l'autre. Si des enfants ne la retenaient pas dans le pays de son mari, la tentation serait forte de le quitter.
Cette situation est moins fréquente qu'autrefois, car les couples qui partent habiter au pays d'origine du conjoint musulman sont aujourd'hui moins nombreux. Cela peut encore se produire quand l'époux est un étudiant venu du monde musulman. Il est tenté d'y retourner pour y vivre avec son épouse. Mais la perspective d'un travail plus rémunérateur et d'un niveau de vie plus élevé en France incitent souvent le couple à y rester.
Même si le couple reste en France, il sera marqué par l'éducation qu'a reçue le conjoint musulman à l'étranger, dans un cadre traditionnel où les rapports entre époux, les relations entre hommes et femmes et de très nombreux codes et modes de vie diffèrent profondément de ce qui se pratique habituellement en France. Les occasions de tensions en sont multipliées, et il n'est pas toujours facile de les formuler clairement ni de trouver les voies du compromis.
EN FRANCE
Mais de plus ne plus souvent aujourd'hui, les deux époux sont nés et ont grandi sur le territoire français. Ils n'envisagent pas à priori de vivre ailleurs que dans leur pays. La France. Leur culture commune est bien plus important, même si leurs familles appartiennent à des milieux sociaux-professionnels souvent encore décalés les uns par rapport aux autres. Leur profil se rapproche alors davantage des autres couples de leur génération. Un des indicateurs les plus significatifs est souvent leur aptitude à entrer en communication entre eux et avec d'autres. Quand un couple islamo-chrétien accepte dans son cheminement d'entrer en relation avec d'autres couples qui préparent eux aussi leur mariage, ou avec d'autres couples islamo-chrétiens, cela révèle souvent une attitude de fond: l'acceptation du dialogue. Or le dialogue avec d'autres et celui à l'intérieur du couple se soutiennent l'un l'autre. En ce sens, quand un jeune couple islamo-chrétien accepte le jeu du dialogue avec d'autres couples, c'est plutôt prometteur pour son avenir.
LES ENFANTS
On ne peut oublier les enfants quand on s'interroge sur la réussite du couple islamo-chrétien. La double culture n'est jamais simple à vivre, même si elle est de plus en plus fréquente à mesure que la mobilité géographique rend nos sociétés moins homogènes. Mais la transmission religieuse reste aussi une grande difficulté. La décision de ne pas imposer à priori une des deux religions aux enfants est la seule qui soit vraiment respectueuse du désir et du devoir des deux parents de transmettre leur foi. Accepter l'hypothèse que leur enfant choisisse un jour la religion de leur conjoint est aussi le signe de la qualité et du respect que les époux ont l'un pour l'autre. Mais se déterminer reste très difficile pour l'enfant, et nombre d'enfants de ménages mixtes restent encore "entre deux chaises". Leur difficulté propre d'avoir à faire un choix entre les religions de leurs parents s'ajoute aux difficultés communes à leur génération d'entrer dans une démarche d'appartenance et de transmission de la foi.
On le voit, les couples islamo-chrétiens n'échappent pas aux difficultés communes à tous les couples. De plus en plus, il s'agit de couples dont les deux conjoints ont grandi en France, et dont le projet d'avenir s'inscrit sur le sol français. Le choix d'appartenance religieuse devient de plus en plus un choix individuel. On peut penser qu'ils seront de moins en moins isolés dans la société française où nombre de familles connaissent déjà une diversité d'appartenance de leurs membres en fonction des choix ou non-choix de chacun. Mais l'extension du domaine des choix et des libertés est toujours en même temps une épreuve et un appel à la responsabilité. Il est plus facile de "se couler" dans un sillon ouvert par d'autres. Etre invité à choisir et se déterminer est insécurisant. Il y aura de plus ne plus besoin d'accompagnateurs sur la route, respectueux des libertés et des chemins des personnes.
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